ÉDITION 2018

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Catégorie Collaboration interprofessionnelle – Médecins

La fin des silos en santé


Dr Michel Maziade, M. D., FRCP (C), C. Q.

Centre de recherche CERVO, Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS-CN)

Fondateur du projet Horizon Parent-Enfant (HoPE)


Marie-Claude Forest

De gauche à droite:
Guy Thibodeau, PDG adjoint CIUSSS de la Capitale-Nationale, Dr Michel Maziade, Elsa Gilbert, neuropsychologue, Valérie Beaupré-Monfette, travailleuse sociale, Dr Pierre Marquet, psychiatre, Byanka Lagacé, infirmière clinicienne, Joanne Lavoie, infirmière clinicienne, Daphné Lussier, travailleuse sociale, Marie-Claude Boisvert, psychoéducatrice, Sandra Morin, psychoéducatrice et Robert Aucoin, psychologue. (Photo : Pierre Longtin Photographe)
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On ne peut nier que les personnes atteintes de maladie mentale ne bénéficient pas du niveau de soins et de suivi auquel elles devraient avoir droit, compte tenu de la gravité des maladies associées et de leurs conséquences.

À cet égard, le travail effectué par l’équipe HoPE (Horizon Parent-Enfant) du CIUSSS de la Capitale-Nationale marque une rupture avec cet état de fait contre lequel se bat le Dr Michel Maziade, psychiatre et chercheur au Centre de recherche CERVO. Le combat de toute une vie.

Après trois décennies de travaux scientifiques, son approche innovatrice de dépistage chez les enfants et de suivi familial pour les principaux troubles psychiatriques observés en Occident (schizophrénie, dépression récidivante et trouble bipolaire) a enfin pris forme en 2015 avec la mise sur pied de HoPE. Il s’agit d’une première mondiale en prévention psychiatrique. Cette équipe inspirée par le Dr Maziade est experte dans le suivi des enfants de 5 à 25 ans à risque génétique élevé en santé mentale.


« Grâce au fonctionnement de HoPE, le problème des silos entre la psychiatrie infantile et adulte est en quelque sorte réglé. »



Il faut aller puiser dans les travaux de recherches du Dr Maziade pour trouver la genèse du programme. Selon ses découvertes, les enfants dont l’un des parents souffre d’un trouble psychiatrique majeur sont 15 à 20 fois plus à risque de développer une maladie du même spectre. Ainsi, la prévention devient possible.

«Avant, l’enfant était dirigé vers un professionnel de la santé et on le traitait de façon individuelle. Maintenant, on a le réflexe de vérifier si, dans la famille, il y a quelqu’un qui souffre d’une des trois maladies, indique le Dr Maziade. Avant, on serait intervenu de façon ponctuelle sur cet enfant, sans se soucier de la famille. »

C’est grâce à une subvention de la Fondation de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec que HoPE a pu prendre son véritable envol. Une aide d’un quart de million de dollars accordée en 2017. Car le rôle de l’infirmière est central pour son bon fonctionnement. Dès le départ, la famille reçoit l’aide d’une infirmière navigatrice dédiée. Toute la famille peut s’y référer, pour tout type de problème.

«On a créé ce rôle pour l’infirmière compte tenu de la nature des troubles. Elle ne traite pas, elle navigue et elle surveille. On peut téléphoner et c’est toujours la même Bianca qui, elle, connaît bien la famille après deux ans. Pas besoin d’aller consulter le dossier. C’est une question de coût, d’efficacité et de bon sens», fait valoir le Dr Maziade.

En plus d’intervenir en lien direct avec leur état psychiatrique, les infirmières évaluent leur condition physique et se montrent attentives aux facteurs de risque environnementaux (comme les habitudes de vie et le contexte socioéconomique).

«Lorsqu’il y a un problème à traiter, ce sont des équipes qui interviennent en interdisciplinarité auprès de cette famille», indique Guy Thibodeau, président-directeur général adjoint du CIUSSS de la Capitale-Nationale, avec qui le Dr Maziade a commencé à faire les premières esquisses de ce qui allait devenir HoPE, dès le début des années 2000. «Ces personnes peuvent présenter certaines vulnérabilités, poursuit-il. Si on n’intervient pas en temps opportun, elles peuvent se désorganiser.»

«Dans une famille, on ne peut pas stabiliser un enfant avec un médicament ou un enfant atteint de TDAH sans stabiliser également le parent qui, lui, est hospitalisé tous les six mois.» Grâce au fonctionnement de HoPE, le problème des silos entre la psychiatrie infantile et adulte est en quelque sorte réglé. La moitié des pathologies en santé mentale apparaissent avant l’âge de 14 ans et 75 %, avant l’âge de 22 ans. C’est pour cette raison que les infirmières navigatrices poursuivent leur travail de surveillance avec les familles jusqu’à ce que les jeunes atteignent l’âge de 25 ans.

Un peu plus de 150 familles ont bénéficié des services du programme HoPE jusqu’à présent. La satisfaction est au rendez-vous. Le taux moyen d’appréciation des familles s’élève à 94 % après 12 à 18 mois de services.

«On a construit notre modèle pour qu’il soit repris ailleurs. J’essaie de créer de la pérennité, lance le Dr Maziade. D’ailleurs, ce modèle peut servir à la prise en charge de problèmes de santé qui ont aussi des effets familiaux, comme l’obésité.»

Alors, à qui de droit…

Article d'Éric Grenier

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