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08/06/2021

Hausse des rendez-vous de santé mentale post-partum

Bien que la plupart des gens connaissent le terme dépression post-partum, les problèmes de santé mentale peuvent se manifester d'autres manières, notamment par de l'anxiété, le trouble de stress post-traumatique et le trouble obsessionnel-compulsif.
une mère vit une dépression post-partum et veille sur son enfant

Heather Eldebs se souvient de s'être assise avec sa jeune famille pour manger un repas venant de son restaurant de hamburgers préféré, il y a cinq ans, et de n'avoir ressenti absolument rien - aucune hâte, aucune envie de manger le repas.

Alors que Mme Eldebs s'efforçait d'expliquer son état mental huit mois après la naissance de son premier enfant, elle a cherché «dépression post-partum» sur Google. Et après avoir reconnu les symptômes, elle a demandé l'aide d'un professionnel.

L'épisode de dépression et d'anxiété que Mme Eldebs a ressenti après la naissance de son fils Joey a été sa première expérience de maladie mentale post-partum, mais elle est revenue trois ans plus tard après la naissance de sa fille Ally.

Alors que la mère de London, en Ontario, s'était rétablie au moment où la COVID-19 a commencé à circuler au Canada, elle ne peut s'empêcher de penser à celles dont les problèmes mentaux post-partum ont été exacerbés par la pandémie.

Une étude publiée lundi dans le Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC) a révélé que les rendez-vous de santé mentale pour les nouvelles mères de l'Ontario ont augmenté de 30% pendant la pandémie, par rapport aux années précédentes, avec une augmentation notable survenant dans les trois premiers mois après l'accouchement.

Mme Eldebs dit que l'augmentation n'est pas surprenante, car les restrictions pandémiques ont emporté «tant de choses auxquelles les nouvelles mères s'accrochent pendant ces premières périodes» après l'accouchement.

«Les groupes de mamans, aller chez une autre maman pour jouer à des jeux, demander à quelqu'un de venir surveiller le bébé pendant une heure pour que vous puissiez faire une sieste, tout ça est disparu», a-t-elle souligné.

«Très souvent, nous minimisons (la maladie mentale post-partum). Nous pensons: "Oh, ce n'est qu'une phase. Vous avez un nouveau-né, c'est une période difficile." Mais c'est certainement plus que cela.»

L'étude du JAMC a porté sur 137 609 rendez-vous de santé mentale post-partum chez des médecins de famille et des psychiatres en Ontario de mars à novembre 2020, les chercheurs ayant recueilli des données sur l'âge, le nombre d'enfants, le revenu du quartier, la diversité ethnique et la région de résidence.

Ils ont découvert que les personnes vivant dans les unités de santé publique du nord de la province avaient connu une augmentation relativement faible du nombre de rendez-vous après juillet 2020, ce qui, selon eux, pourrait probablement s'expliquer par les restrictions de santé publique moins strictes dans ces régions pendant l'été.

La Dre Simone Vigod, chef de la psychiatrie au Women's College Hospital de Toronto et co-autrice de l'étude, affirme que l'isolement causé par les restrictions, l'insécurité financière accompagnant une perte d'emploi et les inquiétudes face au virus en circulation ont probablement tous joué un rôle dans l'augmentation des visites de santé mentale notée par son équipe.

La Dre Vigod dit que l'un des plus grands facteurs de risque de développer une maladie mentale post-partum est l'antécédent de problèmes de santé mentale, mais que le second est le manque de soutien social et le stress.

Les restrictions pandémiques, dit la Dre Vigod, «ont essentiellement réduit le soutien social pour les nouveaux parents et leur ont causé plus de stress».

«La famille, les amis, le soutien par les pairs, les infirmières qui viennent aider, ce sont les éléments qui protègent vraiment contre la maladie mentale post-partum», a-t-elle ajouté.

Les options virtuelles de soins ont probablement contribué à l'augmentation du nombre de visites en les rendant plus faciles d'accès - du moins pour certaines, indique la Dre Vigod.

L'étude a révélé que les patients des quartiers les plus pauvres affichaient la plus faible augmentation des visites de santé mentale, ce qui, selon la Dre Vigod, soulève des inquiétudes concernant d'autres obstacles potentiels à l'accès aux soins. Ceux-ci incluent la technologie et les capacités internet et la confidentialité au domicile des patients.

L'équipe de la Dre Vigod a examiné exclusivement les données de l'Ontario, mais elle s'attend à observer des tendances similaires à travers le pays sur la base des résultats d'une enquête plus large sur la santé mentale pendant la pandémie.

«Les personnes post-partum notaient plus de détresse psychologique (dans les sondages), mais il n'était vraiment pas clair s'il s'agissait de sentiments naturels d'anxiété qui s'atténueraient ou si cela allait se transformer en un besoin accru de soins cliniques», a-t-elle précisé, notant que les résultats de l'enquête faisaient partie de l'élan pour explorer davantage les données.

Les chercheurs affirment que la maladie mentale post-partum affecte jusqu'à une mère sur cinq et peut avoir des effets à long terme sur les enfants et les familles si elle devient chronique.

Bien que la plupart des gens connaissent le terme dépression post-partum, la Dre Vigod affirme que les problèmes de santé mentale peuvent se manifester d'autres manières chez les nouvelles mères, notamment par de l'anxiété, le trouble de stress post-traumatique et le trouble obsessionnel-compulsif. Il existe également un spectre de gravité, note-t-elle, ajoutant que tous les cas ne nécessitent pas de médicaments ou de traitements psychiatriques intensifs.

Malgré tout, les problèmes de santé mentale post-partum sont «un problème majeur» qui ne doit pas être ignoré.

«Cela a des implications potentielles pour leurs enfants et pour des générations», a expliqué la Dre Vigod, qui a traité Mme Eldebs pendant ses deux périodes post-partum. «Il nous appartient donc vraiment de nous assurer que, même si ces personnes luttent davantage pendant - et probablement après - la pandémie, nous avons la capacité de répondre à leurs besoins et de les guérir.»

Mme Eldebs dit que les nouveaux parents aux prises avec des problèmes de santé mentale devraient savoir qu'ils ne sont pas seuls. Et bien que des efforts aient été déployés pour déstigmatiser la santé mentale ces dernières années, elle estime que la dépression post-partum n'a pas rattrapé cette tendance.

«C'est tellement important pour ces personnes d'être bienveillantes envers elles-mêmes», a-t-elle conseillé. «La culpabilité qu'elles pourraient ressentir, cette honte d'être malade et peut-être de perdre espoir et de ne pas vouloir être parent pendant une période (qui) est censée être si excitante et heureuse, ce n'est pas de leur faute si elles ressentent cela.»

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