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01/06/2021

Mal compris, l'impact des nanoplastiques sur la santé sera étudié en profondeur

111MONTRÉAL - Mal compris et mal étudié, l'impact sur la santé humaine de particules microscopiques de plastique qu'on retrouve dans l'environnement fera l'objet au cours des prochaines années d'une vaste étude internationale à laquelle participeront plusieurs chercheurs québécois et canadiens.

Le professeur Daniel G. Cyr, de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), a notamment reçu une subvention du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et d'Environnement et Changement climatique Canada pour se pencher sur cette problématique.

«On est en train de réaliser à quel point ces petits morceaux de plastique-là sont répandus dans la nature et dans l'environnement, a-t-il dit. Depuis trois ou quatre ans, on commence à voir une accumulation dans les poissons, dans la faune aquatique, et donc naturellement c'est un vecteur pour l'exposition humaine.»

D'autres chercheurs de l'INRS participeront à cette étude, tout comme des scientifiques de l'Université McMaster, de l'Université d'Ottawa, de Santé Canada, d'Environnement et Changement climatique Canada, et de deux universités brésiliennes.

Le professeur Cyr et ses collègues tenteront plus spécifiquement de déterminer, à l'aide de modèles animaux, si l'exposition à ces nanoparticules de plastique peut être source d'inflammation, comme le laissent supposer certaines études.

«On veut surtout voir si les nanoplastiques ont un effet sur le site où (ils) sont absorbés, a-t-il dit. Si c'est dans la nourriture, si c'est absorbé par les intestins, on veut voir si on a de l'inflammation au niveau des intestins.»

Des études ont démontré au cours des dernières années que l'inflammation peut être associée à des problèmes de santé comme des maladies neurodégénératives, des troubles immunitaires ou des dérèglements du système reproducteur.

L'inflammation serait en effet «une des pires choses» pour ouvrir les barrières que les cellules refermeraient normalement pour se protéger de certaines substances qui circulent dans le sang, a dit le professeur Cyr.

Un rapport de l'Organisation mondiale de la santé prévenait récemment qu'on retrouve des nanoplastiques dans la nourriture, dans les boissons, et même en faibles quantités dans l'eau potable, mais qu'on ne sait rien de l'effet que ça peut avoir sur la santé humaine, rappelle-t-il.

Îles de plastique

Si plusieurs sont familiers avec les images d'îles de débris de plastique qui flottent à la dérive dans les océans, on réalise moins souvent que ces détritus finissent par se dégrader en particules si petites qu'elles peuvent entrer dans la chaîne alimentaire et donc présenter un risque potentiel pour la santé humaine.

L'étude de ces dangers est «un concept un peu plus récent», a admis le professeur Cyr. Peu d'études toxicologiques ont évalué les risques d'une exposition aux nanoplastiques.

Au fil des ans, on a plutôt multiplié les études sur différents produits, comme les bisphénols et les phtalates, qui entrent dans la composition des plastiques.

«Au contraire des nanoplastiques, ces produits chimiques-là sont métabolisés très rapidement, a expliqué M. Cyr. Les nanoplastiques s'accumulent. Les produits chimiques qui se retrouvent dans les nanoplastiques peuvent être relâchés, mais au contraire d'une exposition très rapide et d'un métabolisme très rapide, ils peuvent s'accumuler et donc on peut prédire un effet à plus long terme.»

La nouvelle étude s'étirera sur les quatre prochaines années.

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