ÉDITION 2020

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Collaboration interprofessionnelle – Pharmaciens

« Il faut savoir reconnaître ses limites et être capable de demander de l’aide. »


John Nguyen

Pharmacien, Centre hospitalier de l’Université de Montréal


John Nguyen

Photo : Pierre Longtin Photographe



Soucieux d’offrir le meilleur contexte d’apprentissage aux futurs pharmaciens, John Nguyen s’est fait un devoir l’an dernier d’accomplir une première mondiale : mettre sur pied un programme de simulations cliniques interdisciplinaires destiné aux étudiants en pharmacie.

Véritable leader dans son milieu, le pharmacien du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) n’a pas hésité à travailler d’arrache-pied pour faire reconnaître la pertinence d’une telle formation auprès de ses collègues.

Passionné par l’enseignement, John Nguyen cherchait un moyen de contribuer à améliorer sa pratique lorsqu’il a quitté les bancs de l’école en 2007. Pour ce faire, il a créé une banque d’articles scientifiques destinée aux étudiants en pharmacie et aux résidents en médecine en stage de cardiologie. En plus d’orchestrer de multiples formations destinées à ses collègues pharmaciens, médecins et infirmiers.

C’est d’ailleurs ce désir d’aider ceux qui l’entourent qui l’a amené à écrire des guides de soins cliniques quelques années plus tard, en 2012.


De la théorie à la pratique.

Des guides «trop théoriques et plates» au goût du jeune pharmacien. Il a donc rallié il y a deux ans des collègues du CHUM, dont une infirmière praticienne spécialisée, Nathalie Nadon, et un cardiologue, le Dr Pierre Laramée, afin d’illustrer ces ouvrages en créant des cas cliniques associés. Sa vision: du théâtre clinique au service de l’enseignement. «L’objectif était d’offrir un pont entre la théorie et la pratique», dit-il. Un défi de taille attendait toutefois le pharmacien, celui d’ouvrir la voie. En effet, aucun établissement d’enseignement dans le monde n’avait encore placé les étudiants en pharmacie dans un contexte de simulation clinique semblable.

Certes, la réalisation de ce projet n’a pas été simple, admet John Nguyen, mais ce travail était nécessaire, selon lui. «Si nous souhaitons améliorer la prochaine génération, il est important que le pharmacien ait toutes les chances et tous les outils pour s’améliorer lui-même et devenir bon», plaide-t-il.


Sous pression.

John Nguyen estime que le meilleur moyen d’apprendre est de se mouiller. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’il place les participants dans un contexte où ils n’ont d’autres choix que de sortir de leur zone de confort, d’aller plus loin que la théorie qui leur est enseignée. «On entend l’alarme sonner, le patient hurler, le médecin et l’infirmière poser des questions. L’étudiant ne peut pas s’en tenir à dire que le médicament de première intention est contre-indiqué», illustre-t-il.

L’idée est d’apprendre aux étudiants en pharmacie à progresser dans leurs options. «Si la pire option est la seule possible, ne demeure-t-elle pas quand même la meilleure option? Il faut apprendre à prendre des décisions complexes. Ce n’est pas quelque chose qu’on apprend à l’école», confie John Nguyen, qui a constaté à plusieurs reprises que les pharmaciens sont très cérébraux. «Je suis là pour challenger les étudiants. Je veux leur offrir le meilleur contexte d’apprentissage possible, mais ce n’est pas moi qui prendrai le bâton pour mettre la rondelle dans le but», précise-t-il.


L’union fait la force.

Pour le pharmacien du CHUM, il était primordial d’inclure divers professionnels de la santé dans l’élaboration du programme de simulation, histoire de reproduire le plus fidèlement la réalité clinique. «Chacun apporte son expertise», dit John Nguyen, qui croit que les professionnels sont les mieux placés pour définir leur rôle.

C’est d’ailleurs pour cette raison que chaque professionnel joue son propre rôle dans les simulations. «On veut placer l’étudiant dans une vraie situation», dit le pharmacien du CHUM.

Il s’agit souvent de la première occasion pour les étudiants en pharmacie de s’exercer au sein d’une équipe interdisciplinaire. «Cela leur permet de bien saisir le rôle du pharmacien en situation de crise.»

Aux yeux de John Nguyen, cela contribue à promouvoir l’expertise du pharmacien auprès des autres professionnels. «Un cardiologue m’a dit: “Au lieu d’essayer de régler les choses tout seul, maintenant, je sais que je peux aller chercher le pharmacien pour qu’on travaille ensemble, comme on le fait ici”. Je trouve qu’il y a moyen de se compléter, pour le bien du patient.»

John Nguyen dit se réjouir de ce genre de commentaire, puisqu’il croit dur comme fer que la collaboration interprofessionnelle et la modestie sont deux éléments essentiels au succès dans le contexte actuel. «Il faut savoir reconnaître ses limites et être capable de demander de l’aide lorsque c’est nécessaire.»



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