ÉDITION 2020

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Pratique novatrice – Pharmaciens

« Ce qui me rend le plus heureuse, c’est l’aide que j’ai pu apporter aux personnes vivant avec le VIH. »


Nancy Sheehan

Pharmacienne, Centre universitaire de santé McGill


Nancy Sheehan

Photo : Pierre Longtin Photographe



Si des milliers de Québécois atteints du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) peuvent désormais mieux vivre avec cette maladie, c’est un peu grâce à la pharmacienne Nancy Sheehan qui a consacré sa carrière à cette population.

Depuis son arrivée à l’Institut thoracique de Montréal du Centre universitaire de santé McGill, en 2002, Nancy Sheehan a contribué à rendre incontournable le rôle de pharmacien dans ce champ d’expertise hautement spécialisé.

La liste de ses réalisations et engagements est impressionnante : mise sur pied d’un service de soins pharmaceutiques ambulatoires en VIH, création d’une rotation clinique en soins ambulatoires VIH pour les résidents à la maîtrise et les étudiants en Pharm. D., création d’un site Web spécialisé sur la pharmacothérapie de l’hépatite C, participation à de nombreux travaux de recherche sur la pharmacométrie clinique des antirétroviraux ainsi qu’à plusieurs comités et groupes de travail.


Une approche novatrice.
Sa plus grande contribution reste toutefois sa participation au développement et à l’implantation du Programme provincial de dosage des médicaments antirétroviraux qui mesure les taux de médicaments antiVIH dans le sang. Unique au Canada, cette approche clinique novatrice, qui suscite un vif intérêt de la communauté scientifique internationale, permet d’ajuster les doses pour assurer le meilleur résultat et limiter la toxicité. « Les patients n’ont pas tous besoin de la même dose de médicaments. Certains peuvent répondre moins bien à la thérapie, contrairement à d’autres. Il faut donc individualiser les traitements », dit Mme Sheehan, également professeure agrégée de clinique à la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal.

Ce programme de pharmacothérapie personnalisée permet au patient d’obtenir les quantités de médicament nécessaires pour bien supprimer le virus. Les effets sur les patients sont importants.

« On note une diminution des effets secondaires. L’impact peut être fortement ressenti par certains patients, alors que d’autres ne s’en rendent pas compte. Toutefois, il n’y a pas de doute, ce programme rend le traitement plus efficace », souligne la spécialiste des maladies infectieuses.

Dès son adolescence, dans les années 80, alors que l’Occident vivait une crise d’anxiété majeure au sujet de cette maladie, Nancy Sheehan avait déjà un grand intérêt pour le VIH. Il allait de soi que la pharmacienne native de Sept-Îles se consacrerait à ce champ d’expertise à la fin de ses études. « C’est un domaine très dynamique sur le plan scientifique, il y a beaucoup de recherches, beaucoup de nouveautés. C’est très complexe », observe-t-elle.

Bien qu’elle soit très engagée dans la recherche, c’est le contact avec le patient qui lui permet de s’épanouir dans son travail.

« Nous créons de belles relations avec nos patients, car nous les suivons pendant de nombreuses années. Ce qui me rend le plus heureuse, c’est l’aide que j’ai pu apporter aux personnes vivant avec le VIH. Chaque jour, j’essaie de trouver des solutions pour faciliter la prise de médicaments et m’assurer que le patient reste en bonne santé. »


Faire la différence.
La pharmacienne aborde son travail avec humilité, entourée d’une équipe interdisciplinaire composée de médecins, d’infirmières, de travailleurs sociaux et de psychologues. « Nous faisons chacun une petite différence. »

Cette petite différence, elle la fait aussi lorsqu’elle étudie la pharmacocinétique, soit les actions d’un médicament dans un organisme après son ingestion. Elle s’attarde notamment à la concentration des médicaments dans les organes, comme le cerveau, les ganglions et les testicules. « Nous sommes capables de supprimer le virus dans le sang, mais celui-ci va se cacher dans certains organes difficilement pénétrables par les médicaments. Lorsqu’on cesse la médication, ces virus ressortent .»

Pour la recherche. Mme Sheehan et plusieurs chercheurs à travers le monde travaillent à supprimer ces derniers virus, ce qui permettrait d’éradiquer le VIH.

La pharmacienne souhaiterait inspirer ses confrères et consoeurs pour qu’ils s’engagent davantage en recherche, malgré les conditions de travail pas toujours optimales. « Les pharmaciens ont de la difficulté à obtenir du financement pour la recherche et à avoir du temps pour en faire », déplore-t-elle.

Le Québec a d’ailleurs été à l’avant-plan de cette recherche, qui a mené notamment à l’invention du 3TC à l’Institut Armand-Frappier.


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