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22/06/2021

Un an après son entrée en poste: Entrevue avec le DG du Collège des médecins

Le Dr André Luyet a connu une première année mouvementée à titre de directeur général du Collège des médecins du Québec (CMQ). Il y a eu évidemment la pandémie, mais également la grande transformation entamée par cet ordre professionnel. Entrevue.
Dr André Luyet

Vous êtes devenu directeur général du CMQ en décembre 2019, peu de temps avant le début de la pandémie. Comme gestionnaire, comment se sont passés ces derniers mois?

Très rapidement, nous nous sommes mis en gestion de crise et nous avons déployé un « collège virtuel ». Avant la pandémie, nous commencions à peine à entrevoir la possibilité de s’ouvrir au télétravail et, tout à coup, c'est devenu l’unique façon de faire durant la pandémie. En rétrospective, la crise sanitaire a facilité mon arrivée au Collège, puisque j’ai eu à travailler très étroitement avec toute l’équipe de direction chaque matin en cellule de crise. En temps normal, j’aurais eu des comités de direction une fois par semaine. Cette situation a permis de nous rallier, de nous rapprocher. 

Est-ce que la pandémie a freiné le déploiement du plan stratégique Virage 2023, mis sur pied après une vaste consultation du Collège en 2019?

Pas du tout! On aurait pu ralentir ou prendre un temps d’arrêt, mais nous avons tenu en mode virtuel les travaux des quatre grands chantiers (Agilité organisationnelle, Mobilisation des membres, Rayonnement et Actualisation de la gouvernance) qui ont très bien progressé. Nous avons respecté nos échéanciers.

Quels sont les principaux enjeux sur lesquels compte travailler le Collège dans la prochaine année?

Pour l’an 1 du Virage 2023, nous voulons avoir un tableau de bord pour bien monitorer notre transformation et les progrès vers les objectifs à atteindre selon notre plan stratégique. Par exemple, pour le chantier d’agilité organisationnelle, nous voulons donner une plus grande autonomie aux 150 personnes qui travaillent au CMQ. Nous travaillons à les outiller pour qu’ils puissent prendre de meilleures décisions et voulons les amener à chercher des solutions en équipe dans le but de mieux satisfaire les personnes qui s’adressent au Collège.

Dans le cas du chantier Mobilisation des membres, nous voulons ouvrir le dialogue avec nos membres. Nous réfléchissons à la manière de les accompagner tout au long de leur carrière. Comment le Collège peut-il jouer son rôle différemment, non pas de manière disciplinaire, mais comme un accompagnant? Tous les médecins veulent avoir une pratique de qualité, mais certains, pour toute sorte de raison, ont eu un glissement… Comment peut-on, par l’accompagnement ou par la formation, identifier ces lacunes et les aider?

La pandémie a entraîné une hausse importante de téléconsultations et ce moyen de communication demeurera. Que doit-on faire pour déterminer lorsque la téléconsultation est pertinente sur le plan clinique?

Je ne peux pas répondre bêtement que la téléconsultation est bonne pour tel diagnostic ou tel type de maladie. À la base de la médecine, il y a toute la démarche clinique qui comprend la collecte de données, le questionnaire, l’examen, le plan de traitement. Des fois, cette démarche peut se faire à distance, alors que, d’autres fois, l’examen physique en personne est essentiel. Le médecin doit toujours garder en tête que, dans certains cas, il faut absolument un examen physique pour arriver à un diagnostic précis et arriver à un traitement particulier. 

Êtes-vous inquiet de voir des médecins faire une mauvaise utilisation de la téléconsultation?

Bien sûr! Je suis inquiet de voir que, dans certains cas, la télémédecine va remplacer l’examen physique en présence. C’est pour cela que le Collège fait certains rappels. De plus, nous voyons des patients être redirigés vers des salles d’urgence ou des cliniques sans rendez-vous sans qu’il y ait un suivi approprié. C’est préoccupant. Il faut absolument mettre un terme à la mauvaise utilisation de la télésanté avant que cela devienne trop problématique.

Après la pandémie de COVID-19, peut-on imaginer une pandémie de santé mentale chez les médecins?

Oui, même que le Dr Gaudreault (président du CMQ) et moi l’avons écrit dans un article intitulé Attention ! une pandémie peut en cacher une autre. Personne n’est à l’abri des problèmes de santé mentale. Les médecins ont été particulièrement éprouvés dans la dernière année, tant sur le plan professionnel que personnel. Les demandes d’aide au PAMQ (Programme d’aide aux médecins du Québec) ont augmenté de 20 % et on sait que ce ne sont pas tous les membres qui sont à l’aise d’aller chercher de l’aide.

Est-ce que le Collège a un rôle à jouer pour améliorer la santé mentale de ses membres?

Oui, nous le faisons notamment en soutenant les organismes qui viennent en aide aux médecins. Toutefois, c’est évident que le Collège ne peut pas être un administrateur du PAMQ, il faut séparer les choses. L’argent et les ressources du Collège, qui doivent servir à la protection du public, ne peuvent pas être détournés pour servir aux médecins. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas sensibles à ce que vivent les médecins. Nous étudions actuellement une façon de soutenir le PAMQ sans être partie prenante de ce programme. 

Récemment, un groupe de réflexion sur l’aide médicale à mourir a été mis sur pied à la suite des inquiétudes formulées par les médecins. Quelles actions doivent être effectuées pour aider ces médecins à bien donner ce soin?

Actuellement, nous nous retrouvons avec une cohabitation de deux lois (loi fédérale et loi provinciale) qui ne sont pas harmonisées. Il n’y a pas une loi qui a préséance sur l’autre. Cela entraîne de la confusion chez les médecins qui administrent l’aide médicale à mourir. Il doit y avoir un vocabulaire commun pour éclairer les membres qui doivent prendre des décisions difficiles et qui sont dans une zone grise. Le principal point d’achoppement est le consentement au renoncement final. Nous avons émis une position claire il y a quelque temps, mais elle était contestable sur le plan légal. C’est pour ça que nous avons fait énormément de démarches auprès de l’appareil ministériel pour nous sortir de cette ambiguïté. Maintenant, au moyen d’une entente, la personne qui risque de perdre son aptitude peut renoncer à ce deuxième consentement final.

Le président Mauril Gaudreault a mis de l’avant l’importance pour le Collège d’avoir une plus grande responsabilité sociale et que les médecins fassent de même. Quelles sont les actions que compte entreprendre le Collège à cet égard?

Dans la foulée de notre plan stratégique, nous avons mis sur pied un groupe de réflexion sur la responsabilité sociale et le développement durable. Des administrateurs, des membres de la permanence, des patients partenaires et des représentants du milieu académique font partie de ce groupe. Nous en sommes à réfléchir à des pistes d’action. Probablement que le groupe se penchera davantage sur le volet social que sur le volet économique ou environnemental. Avec tout ce qui se passe dans la société actuellement, notamment la situation des Autochtones, la situation des immigrants et le rapport hommes-femmes, les médecins vont se sentir interpelés principalement par la responsabilité sociale. 

Il a beaucoup été question de racisme systémique dernièrement, notamment avec les  circonstances entourant le décès de Joyce Echaquan. Comment les médecins et le Collège des médecins doivent-ils parvenir à une prise de conscience collective plus grande?

Le Collège des médecins a récemment reconnu le racisme systémique. Dans cette prise de décision, il y a cette obligation de questionner tout ce que l’on fait. Il faut avoir un esprit plus vigilant face à la discrimination qui se cache derrière des procédures. Par exemple, lorsqu’on affiche un poste et que l’on envoie les CV dans un comité de sélection, est-ce qu’on pourrait les rendre anonymes? En voyant les noms, ceux qui sélectionnent les candidats peuvent avoir des préjugés avant même de rencontrer la personne et de s’intéresser à la contribution qu’elle pourrait avoir au CMQ. On ne demande plus l’origine des gens en entrevue, mais il y a peut-être des éléments qui créent un biais inconscient. S’il y a encore des vestiges de racisme qui imprègnent nos procédures, profitons-en pour réfléchir à ce que l’on fait.

Dans les dernières années, des médecins ont dénoncé le «harcèlement psychologique» du syndic du CMQ. Où en êtes-vous dans vos différentes initiatives pour modifier les façons de faire du syndic?

Nous avons embauché une nouvelle directrice des enquêtes qui a été bien sélectionnée pour s’inscrire en droite ligne avec ce que nous voulions que cette direction devienne. De plus, nous avons diversifié la composition de notre équipe. Maintenant, différents types de professionnels collaborent à nos enquêtes. Nos enquêtes sont aussi sérieuses qu’avant, mais il y a un changement de ton. Il y a la même rigueur et les mesures adéquates sont prises, mais le climat dans lequel se déroulent nos enquêtes est positif. Les médecins et les firmes d’avocats qui les défendent peuvent le confirmer.

L’Institut de la pertinence des actes médicaux a annoncé ces premières mesures de pertinence au début de l’année. Bien que la question de la rémunération ne relève pas du CMQ, comment voyez-vous ce débat portant sur la pertinence des actes médicaux?

Nous voyons ce débat d’un bon œil. Par contre, nous n’avons pas beaucoup été interpelés jusqu’à présent. Nous souhaiterions participer à ces discussions. Au Collège, nous aimerions qu’il soit moins question de récupération financière, mais davantage de pertinence et de valeur ajoutée des actes médicaux, ce qui va se traduire par des investissements dans le système de santé. L’objectif est qu’il y ait une meilleure utilisation des ressources pour répondre aux besoins de santé de la population.


Voulez-vous que le CMQ ait un siège sur un des comités de l’IPAM?

Nous serions intéressés. Notre volonté est en effet d’être plus étroitement liés à l’IPAM.

Est-ce qu’il y a un sujet que vous aimeriez aborder pour conclure l’entrevue ?

Il faut mentionner que beaucoup d’efforts ont été faits pour rendre plus transparente la gouvernance. On évalue le travail de nos comités de manière et nos administrateurs de façon plus rigoureuse. De plus, le Collège va se doter prochainement d’une politique de gestion intégrée des risques. Des risques éthiques, des risques en termes de réputation, de conformité. Ce sont des pas vers une saine gouvernance. Globalement, le Collège est en mouvement !

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